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La géo-économie du développement durable ou le déclin du tourisme de masse

La géo-économie du développement durable ou le déclin du tourisme de masse

Depuis deux décennies, en dépit de la croissance touristique mondiale dopée par la réduction des coûts de transport [1],  les produits que couvre le tourisme dit de masse marquent le pas. Ces signes avant coureurs traduisent un essoufflement progressif de ce type de demande touristique. Historiquement, ce constat fait suite à la crise du régime d’accumulation fordiste dans les grands pays industrialisés. D’ailleurs, c’est ce qui amène, avec un certain décalage dans le temps, les travaux spécialisés en la matière à parler aussi de la crise du tourisme fordiste.

L’observation des tendances de la demande touristique mondiale laisse entrevoir, en effet, que ce type de modèle de production des services touristique n’est plus totalement en phase avec l’évolution des besoins qu’exprime le marché. La demande touristique est devenue plus exigeante, variée et variable. Elle tend à se focaliser de plus en plus sur la qualité et exprime des besoins portant sur la culture et l’environnement. Concrètement, la clientèle recherche donc des « sites vrais » combinant l’authenticité et la profondeur de l’échange interculturel d’une part et l’harmonie avec la nature et la mémoire des lieux visités d’autre part.

De telles exigences semblent donc en totale contradiction avec l’offre du tourisme de masse qui privilégie le profit immédiat et la grande échelle détruisant ainsi la qualité relative des sites touristiques. Comme le montre Florence Deprest [2] dans une enquête sur le tourisme de masse, ce dernier a perdu de son attrait à la fois auprès de la clientèle et auprès des spécialistes, sociologues ou économistes, du tourisme. Ce phénomène de répulsion touche aussi le tourisme dit d’élite dans la mesure où il n’échappe pas non plus à la crise du management uniformisant des activités touristiques.

Cette nuée d’anomalies qui s’abat sur le tourisme dominant est donc à apprendre en considération pour comprendre les nouvelles tendances de la « consommation touristique ». La crise du « règne de la quantité » a donc ouvert la porte à la « qualité ». Ce qui est aussi synonyme d’une crise du paradigme et des pratiques classiques du tourisme en général ouvrant ainsi la voie à de nouvelles approches.

Les observations empiriques montrent bien que la demande tourne de plus en plus le dos au tourisme de masse et de grande distance. Le déclin de l’image du tourisme balnéaire des « lointains tropiques » en est une des illustrations ( le déclin du modèle des 3 S : Sea, sex and sun ). Des valeurs négatives lui sont de plus en plus associées telles que l’inactivité culturelle et contacts superficiels avec les milieux d’accueil, risques nutritionnels et pollution et surtout prise de conscience des effets pervers d’un produit uniforme. L’Espagne nous en fournit un triste exemple avec de le « bétonnage » de la Costa Del Sol et bien d’autres sites sur la planète.

Victime de son propre succès, le « méga tourisme » semble ainsi répondre à la théorie du cycle de vie des produits. Après la phase de démarrage et celle de son essor (années 60-70), les sites qui ont fait l’objet d’un tourisme de masse perdent progressivement de leur attrait. L’offre touristique se retrouve dans l’incapacité de maintenir son rythme de croisière et se voit ainsi dans l’obligation d’innover pour répondre aux nouveaux besoins.

A l’évidence, la dégradation des sites touristiques est aussi à envisager sous l’angle de l’épuisement des écosystèmes.  La capacité de charge d’un site, notion empruntée à l’écologie globale, n’est donc pas sans limite et la limite en question semble exprimer la loi des rendements décroissants si chère à Malthus et à Ricardo. Le modèle de l’état stationnaire est susceptible aussi d’être appliqué à la saturation dont est victime, aujourd’hui, le système économique du tourisme de masse. En effet, la qualité d’un site touristique repose sur ses dotations naturelles et culturelles. Une exploitation sans limite et sans respect de celles-ci entraînent irrémédiablement un épuisement et par conséquent, une répulsion de la demande, donc des investissements. La recherche de la rentabilité maximale détruit à long terme les bases de cette même rentabilité. A sa manière, Karl Marx dirait : « Le capital est son propre fossoyeur ou la barrière de lui-même ».

Tout indique donc que lorsqu’une pratique sociale, ici le tourisme, fait l’objet du seul paradigme économique dans sa conception et sa gestion, périclite, au delà de son seuil de tolérance, et perd, ainsi, de sa vitalité. A brève échéance, le profit tue le profit. Tout système vivant, biologique ou social, qui s’uniformise et se spécialise s’écroule. Cette limite fonde donc la nécessité d’une nouvelle approche intégrant la pluralité des aspects d’un site donné (culture, nature, architecture, histoire etc.) tout en prenant conscience de l’importance du sens implicite des pratiques des acteurs, visiteurs et habitants du site.

C’est cette variété de dimensions qui est au cœur de la problématique de la nouvelle géo-économie du tourisme. La représentation conceptuelle (théories et modèles) et la gestion de cette diversité ne sont pas le point fort des modèles standard, loin de là. Pourtant, dans les faits, le besoin d’un pluralisme et d’harmonie dans la diversité se fait sentir.

[1] La croissance de ce secteur du tourisme est estimée à plus de 4% par an, selon l’Organisation Mondiale du Tourisme pendant, au moins, pour les deux premières décennies du XXIe siècle.

[2] Florence Deprest, Enquête sur le tourisme de masse. Ecologie face au territoire, Editions Belin 2011. Commentaire paru dans Sciences Humaines n° 75 ,p. 64, Août/Septembre 2011.

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