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COP 22 : Enjeux Économiques et Géopolitiques pour le Maroc

COP 22 : Enjeux Économiques et Géopolitiques pour le Maroc

L’organisation de la COP 22 à Marrakech est considérée comme une occasion de présentation des actions de développement à mener pour la gestion des problématiques liées aux changements climatiques. Quels en sont les enjeux pour le Maroc ? Les challenges sont-ils seulement environnementaux ou également économiques et géopolitiques ?

De nos jours, les questions liées à l’environnement constituent la préoccupation majeure pour le monde. La croissance économique mondiale s’est accompagnée d’une grande pollution, d’importantes émissions de Gaz à effet de serre (GES), de réchauffement climatique, etc. Ce sont autant de problématiques discutées à l’échelle mondiale et tous les pays, sans exception particulière, sont concernés.

Les conséquences de ces effets sont plus que jamais concrètes, d’où la mobilisation de la communauté internationale avec les Conférences des Parties (COP) de la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques notamment la COP22 organisée à Marrakech[1] du 07 au 18 Novembre 2016 et baptisée « COP de l’action » car faisant suite aux décisions de la COP21 tenue à Paris en 2015. Cette dernière avait été l’occasion  pour les participants de se mettre d’accord sur un consensus visant à réduire les émissions de GES à l’origine du réchauffement climatique et à maintenir la température globale de la planète en dessous de 2° Celsius, niveau de température jugé maximum pour pouvoir prévenir d’importantes catastrophes naturelles  dans le futur.

La mise en œuvre de ces décisions reste maintenant l’enjeu majeur de la COP22, et ce à travers la mise en place des mécanismes nécessaires pour atteindre ces objectifs ; à titre d’exemple que le calcul du volume des émissions de gaz à effet de serre soit uniformisé par chaque pays et qu’un organe de contrôle et de suivi des engagements pris par les pays en faveur du climat soit créé ainsi que la mise en place des dispositifs adéquats de tarification du carbone. Il est à noter que seuls 28 pays, responsables de 40% des émissions de GES, sur 175 pays signataires de l’accord sur le climat ont achevé le processus de ratification, sachant que l’accord de Paris ne pourrait entrer en vigueur que si 55 pays à l’origine de 55% des GES ratifient l’accord. La COP 22 est aussi l’occasion de mettre en place une feuille de route concrète pour le financement et l’adaptation aux changements climatiques en vue de mobiliser, à partir de 2020, 100 milliards de dollars annuels dédiés à cet effet.

En somme, l’ambition de la COP22, comme le signale Salaheddine MEZOUAR, Président désigné de la COP 22, est de « contribuer à l’adoption des procédures et mécanismes d’opérationnalisation de l’Accord de Paris, et l’adoption d’un plan d’action pour la période pré-2020 en termes d’atténuation, d’adaptation, de financement, de renforcement des capacités, de transfert de technologie et de transparence, en particulier en faveur des pays les plus vulnérables, notamment les petits États insulaires en développement et les pays les moins avancés ».

L’organisation de la COP 22 au Maroc vient couronner le grand intérêt que l’Etat marocain accorde, depuis des années maintenant, aux questions climatiques et leur place dans les stratégies et politiques de développement menées par l’Etat mais aussi par les entreprises marocaines. Il est important à noter que l’engagement du Maroc pour la lutte contre le réchauffement climatique ne date pas de sa désignation pour la présidence de la COP22 mais est le fruit d’une stratégie de longue date avec, entre autres, la construction de plus de 140 barrages lui permettant une importante infrastructure hydraulique, la mise en place du Plan Maroc vert,  le Plan national de l’eau, la charte de l’environnement. Il est à signaler également que même au niveau de la constitution de 2011, l’article 31 stipule la reconnaissance du « droit d’accès à l’eau et à un environnement sain ». A rappeler que le Maroc s’est engagé à réduire de 13% ses émissions de GES d’ici 2030, voire même 32% avec un appui financier international, sachant qu’il est responsable de 0,16% seulement des émissions mondiales.

« Le Maroc est devenu l’un des acteurs majeurs de la transition énergétique dans le monde et plus particulièrement sur le continent africain », a déclaré le Roi Mohammed VI lors de l’ouverture de la COP 21. Ainsi, il faut reconnaître que le choix du Maroc comme pays organisateur est loin d’être anodin, mais bien un acte délibéré, vu que c’est un pays nord africain jouissant d’une position géostratégique idéale, d’autant plus que cette COP 22 est tournée davantage vers l’Afrique qui se veut acteur décisionnel dans cette conférence.

En effet, Le Maroc est actuellement un acteur engagé dans la défense de l’environnement. En témoignent tous les projets de développement durable engagés par le pays, le premier à citer est le plus grand Complexe Solaire au monde, le complexe NOOR situé à la ville de Ouarzazate. Ainsi, le Maroc se focalise plus que jamais sur le secteur des énergies renouvelables et non fossiles afin d’atteindre, à l’horizon 2030, 52% d’énergie issue de sources renouvelables. La vision du Maroc sur les questions de l’environnement porte sur l’échelle nationale et internationale, ainsi en réduisant lui même sa dépendance énergétique, il renforce sa position d’acteur incontournable de la transition énergétique en tant que pays de référence et pionnier en la matière en Afrique et un pays reconnu sur la scène internationale pour la défense de l’environnement.

L’organisation de la COP 22 a certainement des retombées positives en termes d’images grâce à la couverture médiatique de cet événement qui assurera la promotion des stratégies et politiques environnementales du royaume, en plus des retombées positives que l’organisation de ce genre d’événements offre à l’économie du pays.

Etant portée sur la mise en place d’actions concrètes pour une efficacité climatique et une adaptation de la rentabilité économique en conséquence, la COP22 met en avant la politique environnementale du Maroc lequel, grâce à son emplacement géographique, constitue la meilleure interface pour relever les défis du continent : celui-ci  connaît des conditions des plus vulnérables mais est porteur des opportunités les plus concrètes actuellement. Dans ce cadre, la COP 22 est une occasion pour le Maroc de réaffirmer sa vision africaine à travers sa position stratégique de carrefour Nord-Sud et d’acteur central de la coopération Sud-Sud.

Il est certain que la présente conférence est d’une grande importance pour les pays africains marquant une nouvelle étape de négociations climatiques. L’Afrique, comptant 1,2 Milliard d’habitants en 2016, est désormais un acteur majeur sur la scène internationale. On parle maintenant de l’Afrique comme « le futur de l’économie mondiale » après avoir été pendant longtemps un de ses acteurs marginaux. Les firmes internationales qui s’y sont installées depuis des années n’avaient pas pris les conditions de l’environnement de la région en compte. Maintenant, l’Afrique est une terre de développement des énergies renouvelables permettant de réaliser et d’attirer des investissements de plus en plus importants avec l’objectif de réduction de Gaz à Effet de Serre.

Le continent africain détient un grand potentiel en matière d’énergies renouvelables, qu’elles soient solaires, éoliennes, hydrauliques ou autres, et représente le plus faible taux d’émission de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale (seulement 3% des émissions globales). Il demeure néanmoins le plus confronté aux effets des changements climatiques[2] notamment  la sécheresse, la déforestation, les inondations, la faible  pluviométrie, les désertifications, l’élévation du niveau de la mer, etc. ; sans négliger les conséquences de tous ces problèmes sur la pauvreté, la sécurité et d’autres aspects socioéconomiques. Le Maroc, en tant qu’acteur clé de la région dans ces investissements à enjeux climatiques et grâce au savoir faire acquis au cours des dernières années, occupe et occupera une place centrale dans la gestion de ces aspects au niveau du continent.

Il est à noter que le réchauffement climatique dont souffre la planète est considéré comme source potentielle de bouleversements géopolitiques des régions du monde et ce avec des perturbations géographiques, démographiques, sociales et économiques ; des perturbations en interaction forte les unes avec les autres. En effet, les changements climatiques constituent une cause d’augmentation de la pauvreté et peuvent générer des conflits régionaux à cause de l’exploitation des ressources naturelles. En Afrique par exemple, des déplacements géographiques ont commencé déjà à se manifester suite à ces changements climatiques inquiétants. Certains parlent même d’un nouveau statut dans le monde, celui de « réfugié climatique ».

Du point de vue de l’entreprise, le changement climatique n’est plus traité maintenant comme aspect externe au processus de production. En effet, les entreprises sont plus que jamais au cœur de la problématique du réchauffement climatique qu’elles perçoivent comme un grand défi actuel. Etant une source majeure d’émission de GES, elles sont amenées à multiplier les efforts en faveur du climat. Ceci constitue une grande préoccupation, vu qu’elles doivent trouver un juste milieu entre conditions climatiques et niveau de croissance économique devenant plutôt croissance durable, et ce en intégrant de nouvelles technologies considérées comme « Eco friendly » ou « Environmentally friendly » ainsi qu’en utilisant les ressources de façon optimale et  efficiente. De même, les entreprises doivent prendre en considération la réglementation environnementale locale mais aussi internationale compte tenu de l’ouverture de plus en plus accrue des marchés.

Beaucoup d’entreprises marocaines affichent maintenant des stratégies basées sur le respect de l’environnement favorisant par exemple des productions mettant en avant les conditions de recyclage, la gestion des déchets industriels, le recours aux énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, etc. Mais d’autres restent encore à convaincre de la compatibilité entre l’engagement environnemental et leurs intérêts économiques, et qu’un respect rigoureux du climat et de l’environnement ne menace pas, du moins dans un raisonnement durable, le profit, raison d’être des entreprises. Il est évident que ces dernières devront, à terme, se mettre au diapason, surtout en la présence d’une réglementation environnementale stricte. Il est à noter que des initiatives prises notamment par la Confédération Générale des Entreprises au Maroc (CGEM), comme le Label RSE, l’engagement d’évaluation du niveau d’émission de GES des entreprises membres, contribuent à faire évoluer la prise de conscience des entreprises vis-à-vis de leur responsabilité environnementale.

Les entreprises devraient aussi voir dans ce défi, d’adaptation au changement climatique, un levier d’innovation, de différenciation marketing et de compétitivité comme signalé par Meriem Bensalah Chaqroun, Présidente de la CGEM, lors du lancement des préparatifs du patronat pour la COP 22.

Le Maroc, avec son expertise des projets d’énergies renouvelables et son rôle dans la transition énergétique, doit faire de cette COP 22 une nouvelle ère destinée non plus à négocier ou décider ou simplement décrire des actions à mener dans le cadre des changements climatiques, mais à veiller à la réalisation d’un plan d’action concret avec l’engagement de tous les pays ayant ratifié l’accord de Paris, tout en assurant des modalités aussi concrètes pour un suivi, un contrôle et une évaluation des actions menées par ces pays. Ainsi, son rôle d’acteur majeur notamment du continent africain sera rempli et il continuera à y marquer son savoir-faire en la matière en tant que leader de l’économie verte.

[1] A noter que le Maroc, ayant déjà organisé la COP 7 en 2001 à la ville de Marrakech, réaffirme son engagement sur la question du changement climatique en organisant la COP22.

[2] Selon le GIEC (groupe Intergouvernemental sur l’évolution du Climat), l’Afrique sera le continent le plus concerné par les changements climatiques d’ici 2050.

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