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La gentillesse : Une compétence revisitée en milieu du travail

Rédigé par Anas | May 31, 2022 10:33:00 AM

Auteur : Leila NAIM

La gentillesse est souvent associée à la faiblesse ou à la mollesse. Elle est souvent mal vue en management. Pourtant l’empathie et l’écoute de l’autre sont deux qualités présentes chez les gentils et constituent les soft skills les plus recherchées dans le contexte où le management vise à créer l’implication et l’engagement auprès des collaborateurs. Il est sûr que l’entreprise a tout à gagner à encourager chez ses salariés l’esprit d’appartenance et les valeurs de la bienveillance et de la reconnaissance personnelle.

Larousse définit la gentillesse comme le « caractère de quelqu’un d’une complaisance attentive et aimable. Synonyme : bonté ». Toutefois elle est souvent vue de façon contradictoire. Entre ceux qui la dénigrent et ceux qui la mette en valeur il a été noté qu’elle représente l’une des qualités les plus recherchés par les organisations qui accordent de l’intérêt aux valeurs de la bienveillance l’empathie et l’écoute.

Étant placée au cœur des interactions humaines la gentillesse représente les valeurs humanistes dans le monde de l’entreprise. Elle permet à chacun de donner le meilleur de lui-même en privilégiant les liens sociaux plutôt que de chercher à avoir raison…

Nous allons partager dans cet article les bonnes raisons qui pousseraient à être gentil en milieu de travail et l’impact que cela aurait sur le travail lui-même.

1- La gentillesse est un adjuvant du possible

La gentillesse est un état d’esprit une manière de voir les autres sans jugements ni aprioris. Une personne gentille dans un groupe de travail est une personne qui développera forcément une posture bienveillante à l’égard de ses collaborateurs et qui sera réceptive et indulgente.

Néanmoins certaines personnes pensent qu’être gentil en milieu de travail pourrait altérer au respect. Les personnes gentilles dit-on ont du mal à se faire respecter en milieu professionnel. Nous sommes même allés jusqu’à dire que la gentillesse n’a pas le droit d’exister au travail.

En effet il s’agit bien d’un système de croyance et d’une représentation sociale qui condamne cette valeur humaine aussi importante pour l’intelligence relationnelle et sociale.

Ce n’est pas parce que l’on est bienveillant avec ses collègues en milieu professionnel que ces derniers vont nous manquer de respect ou nous être forcément très familiers. La gentillesse ne nous empêcherait certainement pas de faire des remarques ou d’émettre des avis désagréables non plus.


Le fait est que la gentillesse fait en sorte que le climat du travail soit bienveillant et que les liens sociaux se soudent entre collaborateurs l’attachement aux personnes aux équipes et à l’entreprise se manifeste et l’engagement organisationnel serait au rendez-vous. La relation de confiance sera forte et l’échange sera sans énergie les individus seront prédisposés à écouter et à dialoguer.

2 - Revendiquer sa gentillesse

La gentillesse a été souvent assimilée en milieu de travail à la mollesse et elle a souvent été perçue comme une compensation pour l’incompétence.

On peut aussi décider d’être gentil et le revendiquer : au Moyen-Âge le mot gentilhomme véhiculait l’idée de noblesse de l’âme et du comportement. Ce n’est pas Emmanuel Jaffelin auteur de l’ Éloge de la gentillesse (Bourrin Éditeur 2010) qui nous dira le contraire puisqu’il la décrit ainsi : « La gentillesse est une nouvelle noblesse ».

Choisir d’être tout le temps gentil et avec tout le monde peut ne pas être une bonne chose en entreprise. En effet cela pourrait engendrer des problèmes d’interprétation de la part de certaines personnes qui verront en cette gentillesse une faiblesse ou une compensation à un manque d’estime de soi.

Être gentil en entreprise c'est l’être avec tout le monde et pas uniquement avec ceux avec lesquels nous disposons d’affinités ou nous cherchons un intérêt quelconque.

Être gentil et venir en aide à son collègue au travail bien que l’on soit nous-mêmes débordés ou pas disponible tout en étant tout à fait en mesure de dire non à des demandes injustifiées et pour lesquelles je ne dispose ni de temps ni de moyens c’est l’illustration parfaite des notions du soutien de la synergie et du leadership collaboratif.

C’est d’ailleurs pour cela que certaines entreprises invitent leurs salariés à développer leur gentillesse en entreprise dans l’objectif du feel good au travail.

3 – La gentillesse véhiculer d’ondes positives

Quelle que soit les limites et les critiques relatives à la gentillesse en entreprise cette dernière trouve sa place quand il s’agit des relations humaines. La gentillesse aide à instaurer un climat de confiance entre les différents collègues. La gentillesse permet de décongestionner les conflits entre collègues mettre la bienveillance au centre des relations humaines elle permet de susciter de l’enthousiasme et de faire circuler les ondes positives.

Nous avons tous besoin de cet esprit surtout depuis que la crise est parmi nous. Aujourd’hui plus que jamais il est intéressant de prendre en considération les besoins et les difficultés des collaborateurs en compte lors de l’échange avec eux dans le but de renforcer leur motivation mais aussi tout simplement parce que cela fait du bien !

Contrairement aux idées reçues la gentillesse n’est pas une faiblesse. Selon le philosophe et écrivain Emmanuel Jaffelin dans son livre « Éloge de la gentillesse en entreprise » il évoque les avantages d’une attitude bienveillante en entreprise.

En 2012 Google lançait le projet Aristote. Une étude dont l’objectif consistait à définir les critères d’efficacité d’une équipe au travail auprès de plus d’une centaine d’entreprises et sur une année entière. Le résultat a démontré que la gentillesse entre collaborateurs était le facteur principal d’efficacité .


En effet cela met en place une forme de sécurité psychologique qui prépare le terrain approprié pour la prise d’initiatives sans blocages émanant de la peur d’être jugé ou pénalisé.

Un concept décrit par l’écrivain en management Amy Edmondson comme « le fait de pouvoir prendre des risques interpersonnels en toute sécurité au sein d’un climat de confiance et de respect mutuel ».

Le management est de plus en plus conscient de l’impact de la gentillesse sur la performance relationnelle et professionnelle.

De grandes entreprises comme Allianz Ferrero Euro Disney Groupama Lafayette – BHV Manpower Orange Adidas font parties des 300 signataires de « l’Appel à plus de bienveillance au travail ».

La société japonaise Keihin Electric Express a mis en place un appareil d’analyse faciale à la porte d’accès de ses bureaux pour repérer chaque début de journée les sourires de ses employés.

Selon l’étude de Chorum établie en automne 2016 33 % des employés dans le monde entier qualifient le manque de reconnaissance de la hiérarchie comme premier frein à leur épanouissement. Comme quoi la gentillesse à travers un témoignage de confiance ou de considération vaut parfois tous les sourires du monde !

3- La gentillesse en management

Le monde d’aujourd’hui est incertain instable et capricieux et… Il continuera à nous poser encore davantage de défis. Dans la congruence actuelle les compétences attendues auprès des managers seraient les compétences qui permettent de rassurer les collaborateurs et de les mettre dans la confiance dans l’absence de vision claire et de visibilité sur l’avenir.

Les études montrent que les employés ne démissionnent pour de nouvelles ou meilleures opportunités mais plutôt pour des raisons relatives aux attitudes des managers orientées performances et éloignées des principes de la reconnaissance du soutien et de la compassion. Les grandes valeurs attachées à la gentillesse.

L’étude a démontré les trois grandes compétences qui agirait aujourd’hui comme catalyseurs pour la rétention des salariés.


  • Diriger avec l’empathie
Diriger avec empathie c’est être en mesure d’écouter ses collaborateurs et de partager avec eux dans le soutien et dans la compassion. Ne pas les écouter pour répondre mais écouter pour comprendre et par plaisir. Consacrer du temps à écouter un salarié pour mieux cerner ses perceptions ses modes de lecture et sa représentativité de l’entreprise et de son expérience dans l’entreprise afin de mieux l’accompagner pour atteindre sa performance et faire ses marques dans l’entreprise.

L’empathie est une dérive de la gentillesse qui renforce la confiance entre le management et les collaborateurs.

  • Diriger avec solidarité
Manager en offrant la solidarité et le soutien aux collaborateurs qu’ils soient en présentiel ou en télétravail permet de faire des salariés heureux au travail. Le manager peut prendre des initiatives pour créer des occasions où les collaborateurs se parlent de leurs difficultés se soutiennent. Permettre au collaborateur de se déconnecter proposer des formations pour améliorer les capacités et les compétences. Être gentil dans le sens de soutenir le parcours professionnel du collaborateur pour l’influencer à devenir leader.

  • Diriger en améliorant les facteurs relationnels
Encourager l’équipe à travailler dans les valeurs du groupe du partage de la transparence de l’échange et de la célébration des efforts et des performances permet de créer des liens sociaux forts entre les membres les collaborateurs et de pouvoir attaquer les défis dans la confiance et l’inspiration.

Le manager doit avoir les compétences communicationnelles relationnelles et sociales lui permettant de fédérer rassurer et influencer.

Aujourd’hui cela pourrait être surprenant mais diriger avec les principes de la gentillesse pourrait être un levier efficace pour accompagner le changement.